Reggae Sound School — Histoire, son, production et formation reggae
Reggae Sound School

L'histoire d'une musique qui a changé le son

De Kingston au reste du monde, la musique jamaïcaine n'a pas seulement inventé un style. Elle a inventé une manière de jouer, d'enregistrer, de mixer et de faire vivre le son.

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02 · Kingston

Kingston : là où tout commence

Une île, une indépendance, une nouvelle musique.

Dans les années 1950, la Jamaïque est encore une colonie britannique. Les campagnes se vident, Kingston se remplit, et des quartiers comme Trench Town se construisent en même temps que la ville déborde. On y écoute le mento, musique rurale jamaïcaine, mais surtout le rhythm and blues américain que les radios de Miami et de La Nouvelle-Orléans font traverser la mer les nuits claires.

En 1962, l'île devient indépendante. Une génération entière veut une musique qui soit la sienne et non celle des autres. Elle ne va pas l'importer : elle va la fabriquer, avec ce qu'elle a — des cuivres, des guitares, des enceintes construites à la main et une idée très précise de ce qui fait danser.

Kingston, Jamaïque, 1964
Une rue de Kingston en 1964. La ville où tout se joue : les studios, les pressages, les sound systems tiennent dans quelques kilomètres carrés.Boy Lawson / Nationaal Museum van Wereldculturen — CC BY 4.0
Kingston, 1955
Kingston au milieu des années 1950, avant le ska.Nationaal Archief (Pays-Bas) — CC0
Timbre de l'indépendance jamaïcaine, 1962
6 août 1962 : l'indépendance. Une génération veut une musique qui soit la sienne.Domaine public

Années 1940-50

Mento

La musique rurale jamaïcaine, guitare, banjo et rumba box. La base sur laquelle tout se greffe.

1962

Ska

Rapide, cuivré, euphorique. La musique de l'indépendance.

1966

Rocksteady

Le tempo ralentit. La basse prend la place laissée vide et devient la voix principale.

1968

Reggae

L'accent se déplace encore. Le morceau ne pousse plus : il balance et laisse des trous.

Vidéo · archives 1962

Indépendance de la Jamaïque, 1962 — British Pathé

Six minutes d'actualités filmées de l'époque : Kingston, les cérémonies, la foule. C'est dans ce pays tout neuf que le ska devient la musique d'une génération.

03 · Le rythme

Du ska au reggae

Chaque époque change le rythme. Et le son.

Le ska est rapide, cuivré, joyeux. Puis le tempo ralentit. Le rocksteady laisse de la place là où le ska en manquait, et cette place, c'est la basse qui la prend. Elle cesse d'accompagner pour devenir la voix principale du morceau.

Le reggae hérite de ce ralentissement et déplace encore l'accent. La guitare et le clavier frappent le contretemps — le skank — pendant que la batterie déserte le premier temps pour insister sur le troisième.

Ces trous ne sont pas des manques. Ce sont eux qui feront le dub.

La section de cuivres des Skatalites en concert
Les cuivres du ska : c'est par eux que la musique de l'indépendance s'annonce.Photo Yerpo — CC BY-SA 3.0

Reggae Story · épisode 1

Quelle est la première musique jamaïcaine ?

Avant le ska, le rocksteady et le reggae music : d'où vient la toute première musique de l'île ? La réponse en une capsule de la série Reggae Story, à regarder ici.

Tous les épisodes Reggae Story →

≈ 130-160 BPM

Ska

Cuivres en avant, contretemps marqué à la guitare, batterie qui pousse. On danse vite.

≈ 80-110 BPM

Rocksteady

Le tempo tombe. Les cuivres reculent, la basse avance et devient mélodique.

≈ 60-90 BPM

Roots

One drop à la batterie, skank au clavier, basse ronde et profonde. L'espace devient une matière.

≈ 90-120 BPM

Dancehall

Rythmiques programmées, riddims partagés, voix mise en avant. Le studio devient numérique.

Bob Marley & The Wailers en concert au Hallenstadion de Zurich, mai 1980
Le reggae music quitte l'île : Bob Marley & The Wailers au Hallenstadion de Zurich, en mai 1980 — premier concert de Marley en Suisse, 10 000 spectateurs.Photo Patrick Lüthy / Comet Photo AG, ETH-Bibliothek Zürich — CC BY-SA 4.0

04 · Le studio

Le studio devient un instrument

Le son jamaïcain ne se contente plus d'être enregistré : il est fabriqué.

L'enseigne de Studio One, Brentford Road, Kingston
Brentford Road, Kingston : l'adresse de Studio One. Une usine à disques et une école de musiciens.Photo dubdem sound system — CC BY 2.0

Studio One, fondé par Clement « Coxsone » Dodd, fonctionne comme une usine et comme une école : on y répète, on y enregistre, on y forme des musiciens qui deviendront les plus grands noms de l'île. Channel One, chez les frères Hoo Kim, pousse la rigueur rythmique plus loin encore. Au Black Ark, Lee « Scratch » Perry travaille autrement : il traite le studio comme un atelier d'expérimentation où l'accident est une méthode.

Le point commun tient en une phrase : ces studios ont peu de pistes. Quatre, puis huit, puis seize. Cette contrainte oblige à décider tôt, à enregistrer plusieurs musiciens ensemble, à graver des choix dans la bande.

L'ingénieur du son cesse d'être un technicien. Il devient un acteur créatif du morceau.

Enregistrement d'un groupe en studio
Aujourd'hui encore, au Studio AMTP : enregistrer plusieurs musiciens ensemble, dans la même pièce, au même moment. C'est là que naît le feeling qu'aucune superposition de pistes ne rattrape.Photo G.R.G F. — Studio AMTP

Vidéo · documentaire

The History of Studio One — le son n°1 de la Jamaïque

Onze minutes produites par le label lui-même : Clement « Coxsone » Dodd, les musiciens maison et la manière dont un studio à peu de pistes est devenu l'école de toute une île. En anglais.

05 · Le dub

Le dub : quand le mix devient une œuvre

Et si le studio permettait de recomposer un morceau après l'enregistrement ?

Au départ, la face B d'un 45 tours ne sert à rien : on y grave la même chanson sans la voix, pour que le deejay puisse chanter dessus en soirée. Puis quelqu'un se met à jouer avec cette version instrumentale. On retire la voix, on la fait revenir une fraction de seconde, on la noie dans un écho. On coupe tout sauf la basse et la batterie. On ouvre un filtre, on claque une reverb à ressort, on fait exploser une caisse claire dans un delay qui n'en finit plus.

Le mix n'est plus une opération de finition. Il est joué, en direct, à la console, comme un instrument.

King Tubby et Lee « Scratch » Perry sont les figures majeures de cette bascule. Ce que le dub a inventé — la version, le remix, l'espace comme matière, le studio comme instrument — a profondément influencé la culture du remix et beaucoup de musiques électroniques ultérieures. On en retrouve la trace directe dans le remix, le hip-hop, le jungle, le drum & bass et le dubstep, dont le nom même vient du dub. Il faut le dire dans ce sens-là : le dub les a influencées. Il ne les a pas créées à lui seul.

Vidéo · une version dub

Prince Jammy, Bunny Lee & Delroy Wilson – In A Dancing Mood

Prince Jammy, Bunny Lee et Delroy Wilson réunis sur une version : cinq minutes pour entendre ce que le dub fait à une chanson — ce qui disparaît, ce qui revient, ce que la reverb et le delay racontent.

Lee « Scratch » Perry en concert, Manchester, 2013
Lee « Scratch » Perry, l'une des deux figures majeures de la bascule, sur scène en 2013.Photo Jake, Manchester — CC BY 2.0
Console EMI TG12345, Abbey Road Studios, années 1970
Une console à faders et départs d'effets de l'époque du dub. Ce n'est pas celle de King Tubby : aucune photo libre de son studio de Waterhouse n'existe.Photo Josephenus P. Riley — CC BY 2.0

Du dub aux sound systems

Du studio à la danse

Aba Shanti-I, Leicester, 2013 — Photo Ashanti Selah, CC BY-SA 3.0

06 · Sound systems

Les sound systems

Avant les plateformes, il y avait la danse, les enceintes et le public.

Un sound system, c'est une sono transportable montée par une équipe, et c'est un métier collectif. Le selector choisit les disques et décide de la soirée. Le deejay parle et chante par-dessus — c'est le toasting, ancêtre direct de ce qu'on appellera plus tard le rap. L'ingénieur règle les amplis et les enceintes construites sur mesure.

L'arme absolue, c'est le dubplate : un disque gravé en un seul exemplaire, que personne d'autre ne possède. Un morceau y est testé devant le public avant même d'exister commercialement. Si la foule réagit, il sort. Sinon, il disparaît.

Autrement dit : le sound system est à la fois un laboratoire musical et un lieu social.

Colonne d'enceintes du sound system Bass Odyssey, Jamaïque
Une colonne d'enceintes du sound system jamaïcain Bass Odyssey. Les enceintes sont construites sur mesure par l'équipe.Photo Yaniq Walford — CC BY 3.0
Un sound system au carnaval de Notting Hill, Londres
Un sound system monté dans la rue : le mur d'enceintes est l'instrument principal.Photo Jay Bergesen — CC BY 2.0
Acétates de différents formats : le support sur lequel se grave un dubplate
Le dubplate est gravé sur acétate, en un seul exemplaire. Il ne survit qu'à quelques dizaines de passages.Photo Altcurrents — CC BY-SA 4.0
Le sound system Bass Odyssey en action, Jamaïque, 2012
Bass Odyssey en action, Tropical Hut, St. Mary, Jamaïque, 2012 : le selector aux platines, le DJ au micro. Un sound system, c'est une équipe, un son, et un public qui répond.Photo Walfordodyssey — CC BY-SA 3.0

Vidéo · sound clash

The History of Sound Clash Culture

Quatre minutes sur le clash : deux sound systems face au même public, et la victoire à celui qui possède la version que l'autre n'a pas. La logique du dubplate, en images. En anglais.

07 · La diaspora

Kingston → Bronx → Royaume-Uni

Une culture du son qui voyage.

En 1973, dans le Bronx, un jeune Jamaïcain installé à New York organise des fêtes dans la salle commune de son immeuble. Clive Campbell, dit Kool Herc, a grandi avec les sound systems de Kingston. Il en reprend la logique : de grosses enceintes, un maître de cérémonie au micro, et l'idée qu'on peut faire durer le passage qui fait danser.

Cette influence jamaïcaine est reconnue dans l'histoire du hip-hop. Elle s'y ajoute à des racines afro-américaines et latino profondes — le funk, le disco, la poésie parlée, la culture des block parties new-yorkaises. Écrire que la Jamaïque a inventé le rap serait faux, et injuste envers ceux qui l'ont fait naître à New York.

Au Royaume-Uni, la diaspora jamaïcaine installe ses propres sound systems à Londres, Birmingham et Bristol. La basse y devient une culture à part entière, et le dub une manière de penser le son qu'on retrouvera plus tard chez ceux qui ont grandi à côté de ces enceintes. De ces sound systems de Londres, Birmingham et Bristol sortiront le jungle, le drum & bass, le trip-hop et le dubstep.

1520 Sedgwick Avenue, Bronx, New York
1520 Sedgwick Avenue : l'immeuble du Bronx où Kool Herc organisait ses fêtes.Photo Stephanie Morillo — CC BY-SA 2.0
Affiche d'une soirée du Bronx, 1979
Une affiche de soirée du Bronx, 1979. Le sound system jamaïcain a traversé, la culture de la fête aussi.Buddy Esquire — domaine public
Colonne d'enceintes d'un sound system de rue
Au Royaume-Uni, le sound system devient une culture de rue à part entière.Photo Jay Bergesen — CC BY 2.0

Vidéo · Royaume-Uni

Channel One & Aba Shanti : UK Soundsystem Culture

Quinze minutes tournées à Londres par Piñata Radio, webradio montpelliéraine : Aba Shanti-I et Channel One, deux sound systems piliers de Notting Hill, racontent la basse comme culture et sa transmission d'une génération à l'autre. En anglais.

08 · Le numérique

Analogique → digital → aujourd'hui

Le reggae music n'a jamais cessé de muter.

En 1985, chez King Jammy, un riddim entièrement électronique fait basculer toute l'île : Sleng Teng. Sa base rythmique vient d'un preset d'un petit clavier grand public, le Casio MT-40. Un instrument bon marché, détourné, produit une révolution — c'est très exactement l'esprit jamaïcain appliqué à une nouvelle décennie.

Prendre les moyens du bord et en faire une esthétique : la technique change à chaque génération, la logique ne change pas.

Reggae Story · épisode 2

King Jammy a-t-il vraiment inventé le reggae digital ?

Le récit ci-dessus raconte la bascule de 1985. La capsule Reggae Story pose la question qui fâche : tout est-il vraiment parti de chez King Jammy ?

Tous les épisodes Reggae Story →

Vidéo · Traxploitation (en anglais)

The History of Sleng Teng Riddim

Huit minutes sur le riddim qui a fait basculer le reggae music dans le numérique en 1985 — et sur la question, posée par la vidéo, de savoir si David Bowie y est pour quelque chose.

Le Casio MT-40, clavier grand public dont un preset a donné le riddim Sleng Teng
Le Casio MT-40. Le preset « rock » de ce clavier bon marché est devenu le riddim le plus repris de l'histoire jamaïcaine.Domaine public
Le Yamaha DX7, synthétiseur emblématique des productions des années 1980
Le Yamaha DX7, l'autre son des années 1980.Domaine public

1968-74

Roots

One drop, basse profonde, message rastafari.

1973-79

Dub

La version devient une œuvre. King Tubby, Lee Perry.

1979-84

Rub-a-Dub

Le pont entre le roots et le dancehall. Junjo Lawes, Volcano.

1985

Digital

Sleng Teng. Un preset de Casio MT-40 change tout.

1985-2000

Dancehall

Riddims partagés, voix en avant, production numérique.

2010 →

Revival

Retour du roots et des instruments joués, avec les outils d'aujourd'hui.

09 · Reggae Sound School

Pourquoi Reggae Sound School ?

Comprendre cette histoire, c'est aussi comprendre comment se fabrique cette musique.

Apprendre le reggae music ne consiste pas à reproduire un skank ou à empiler des plugins qui portent le bon nom. Une rythmique reggae correctement jouée mais mal comprise sonne comme une imitation, et tout le monde l'entend.

Reggae Sound School est né de cette conviction : il faut connaître les musiciens, les studios, les producteurs et les contraintes techniques qui ont façonné cette esthétique pour pouvoir en faire quelque chose de personnel.

Ce qui se transmet ici vient d'une pratique quotidienne, celle d'un studio en activité. Asha D, artiste reggae et ingénieur du son du Studio AMTP, y apporte son expérience professionnelle et personnelle : ses arbitrages, ses méthodes, ce qu'il a appris en faisant — pas une théorie.

Qui sommes-nous ?

Reggae Sound School est le pôle formation de l'association Studio AMTP, studio d'enregistrement, de mixage et de mastering installé à Montpellier depuis 2006. Nous formons des artistes, des groupes et des ingénieurs du son à la composition, à l'enregistrement et au mixage du reggae music. En savoir plus sur l'école.

Découvrir nos formations →
Asha D en régie au Studio AMTP
Asha D, artiste reggae et ingénieur du son, en régie au Studio AMTP à Montpellier.Photo G.R.G F. — Studio AMTP

10 · Ressources gratuites

Commencer par comprendre

Des Reggae Tips en vidéo, à regarder ici, et une formation vidéo entièrement offerte.

Les 5 méthodes
Formation offerte

Les 5 méthodes pour obtenir des sons qui claquent

Formation en 5 vidéos (environ 75 minutes) + PDF : kits d'usine, banques de sons, sampling, création de ses propres sons, free samples. À suivre dans votre espace privé en ligne, avec votre mot de passe, quand vous voulez.

Accéder gratuitement →
Gratuit

Reggae Tips : le studio en vidéo

Des vidéos courtes tournées au Studio AMTP : choisir ses micros, mixer la basse et le kick, les plugins qui comptent. Trente et une vidéos, à regarder ici ou sur notre chaîne YouTube.

Quel micro sur la grosse caisse ? Test de 5 micros
Le Pultec Trick sur la basse reggae music
Mixer la basse avec le kick (compression multibande)
3 micros pour enregistrer en reggae music
3 micros sur une caisse claire : lequel sonne le mieux ?
Une plate reverb pour le reggae music

Les vidéos se lisent ici, sans quitter le site. Voir les 31 vidéos sur YouTube ↗

Reggae Story · la série

L'histoire du reggae music en capsules verticales

Chaque épisode répond à une question précise sur l'histoire du reggae music, en une minute. La série s'enrichit régulièrement : les nouveaux épisodes apparaissent ici automatiquement.

Voir la série sur YouTube ↗

11 · Se former

Passer de l'histoire à la pratique

Reggae Sound School vous accompagne dans la composition, l'enregistrement et le mixage du reggae music. Deux chemins, selon votre situation.

Pour tous Formations courtes et sur mesure Stages en studio à Montpellier, sessions en direct à distance, parcours sur mesure. Les modules vidéo arrivent bientôt.
Professionnels de la musique Le parcours professionnel de 70 heures Artiste, musicien, technicien du spectacle : un parcours de 70 heures contractualisé avec un organisme de formation partenaire, dont le coût peut être pris en charge selon votre situation.
Parlez-nous de votre projetLaissez vos coordonnées et le format qui vous intéresse : nous vous rappelons sous 24 h ouvrées avec les dates, le programme et les pistes de financement.
Reggae Sound School

École spécialisée dans la composition, l'enregistrement et le mixage du reggae music. Formations en studio à Montpellier, en ligne et en modules vidéo.

Reggae Sound School est le pôle formation du Studio AMTP, studio d'enregistrement, de mixage et de mastering à Montpellier.

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